ARNO, banal barjo

Il est Belge, a 63 ans et une trentaine d’albums à son actif. Il en fait un et puis s’en va.

C’est l’un des plus grands tourneurs au monde. Un tourneur qui empêche de tourner en rond.

C’est un fou qui s’ignore. Sur le mode des élucubrations chères à Antoine (une autre époque), de la conversation vagabonde sur sa femme, ses amis, ses emmerdes ou sa mère…

Il sait faire tomber le trivial dans l’inattendu. À travers le cul de bouteille, il divague, se penche sur des seins en gélatine, des anneaux gastriques, de la politique, de la frustration, bref, que du bazar.

Même si la voix est rocailleuse, fumée et rabotée, le Tom Waits flamand n’est pas un écorché. Pas le cliché du chanteur déglingué. Arno, c’est des silences, parfois. Puis, un ricanement sort de nulle part et vient gentiment faire le doigt d’honneur au monde.

C’est une figure, une gueule familière et imbibée. Jamais ringard, comme un Johnny. Jamais provocateur ou tendance, comme un Gainsbourg. Arno est un mec normal. C’est un « flop star » comme il aime à le dire. Car être star, pour lui, c’est trop de boulot.

Il parle quand même trois langues. Français, anglais, néerlandais, il n’a pas de frontières. « Le centre du monde, c’est là où on est dans l’instant ».

L’essentiel finalement, c’est la musique. La sienne et celle des autres. Celle d’hier et d’aujourd’hui. Il peut mélanger du rock à une valse. Avec ses claviers, ses guitares, son harmonica, sa voix, il dégage des arrangements atypiques, à mi-chemin du punk et du music-hall.

Il chante ses propres textes, mais fait aussi des reprises d’Abba, de Bob Marley, de Bob Dylan ou de Salvatore Adamo…

Parce qu’il aime changer de vinaigrette, de rencontres, de personnes, il marche, va et vient, vit à l’instinct, d’une seule traite. Il écrit comme il respire. À flux tendus.

Sa musique parait bancale ou tordue. Quoi de plus normal pour un autiste sauvé par la musique. Jeune, il bégayait mais aujourd’hui, il vomit ses mots et ne bégaie plus. En équilibre sur une jambe, entre pudeur et truculence, son mal-être est devenu intime et planétaire.

Comme toute bonne bière, il se partage et s’exporte. Sur scène comme dans les bars, Arno paie sa tournée comme personne. Arno est un pilier du zinc… Et du rock.

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