Malcolm McLaren

Si le nom de Malcolm Mc Laren ne nous est pas si familier que ça dans l’Hexagone, il reste une figure reconnue en Grande Bretagne. Musicien, couturier, performer, réalisateur, il fut aussi et surtout manager du plus grand et du plus bref groupe de punk : The Sex Pistols.

Dès son plus jeune âge, Malcolm Robert Andrew Mac Laren est un rebelle. Il quitte le foyer familial alors qu’il est encore adolescent, il s’essaye aux écoles d’art desquelles il est constamment renvoyé, il rejoint le mouvement révolutionnaire des Situationnistes et participe à l’occupation de la Croydon Art School. Il souhaitait même rejoindre Paris durant les mouvements de mai 68, mais sans succès.

Avec sa petite amie de l’époque, la styliste Vivienne Westwood, il ouvre une boutique à Londres, sur Kings Road, en 1971. A deux, ils vont devenir les faiseurs de mode de la culture urbaine anglaise. D’abord le rock’n’roll : ils nomment leur boutique Let It Rock et mettent à l’honneur la mode des Teddy Boys, qu’on retrouvera ensuite énormément dans le revival rockabilly : chemise blanche, grandes vestes grises ou à carreaux, et la banane ; ils se radicalisent en renommant leur boutique Too Fast To Live, Too Young To Die, emploient les têtes de mort à outrance et impriment logos et slogans sur leurs fringues à l’aide d’une méthode révolutionnaire pour y coller des paillettes. Hé oui, les paillettes sur les T-shirts, c’est McLaren et Westwood. Ils se mettent ensuite à utiliser des clous. Hé oui, toujours eux. Ils déchirent des T-shirts qu’ils recousent ensuite avec des fermetures éclairs ou des épingles à nourrice : le shop est rebaptisé SEX et les allusions fétichistes et sadomasochistes abondent. Des imprimés chocs sont interdits et le SEX shop est the place to be pour toute la fange underground de la Grande Bretagne.

Les américains des New York Dolls passent d’ailleurs par là. McLaren se met en tête de devenir leur manager et les accompagne aux States en 1974. Il aime bien leur look et leur attitude, eux qui revêtent des svastikas et autres symboles nazis. Le choc lui plait, et il les relooke en drag queen communistes et les coule à jamais. Les swastikas, passent encore ; la faucille et le marteau, s’en est trop pour l’Amérique de la Guerre Froide. McLaren les aura conduits droit dans le mur, et le groupe se sépare en 76.

La musique rageuse de la scène protopunk américaine, figurée par les New York Dolls, aura eu énormément d’impact sur lui, et Malcolm revient en Angleterre inspiré. Sur un coup de bluff, il recrute des clients de sa boutique, dont John Simon Ritchie et John Lydon, qu’il fait rebaptiser Sid Vicious et Johnny Rotten. Il crée ainsi  de toute part les Sex Pistols. Le groupe, tant musicalement que vestimentairement, est devenu aujourd’hui LE symbole du punk. « Duchamp a choisi un urinoir, moi j’ai choisi Johnny Rotten » disait McLaren, comparant son icône controversé du punk à l’icône tout autant controversé du mouvement readymade lancé par Duchamp.

Très bon manager (il réussit tout de même à faire parler de son groupe en un rien de temps en organisant un concert sauvage sur la Tamise, et en faisant brailler « God Save The Queen » à son groupe devant la Maison du Parlement), mais il n’est pas un très fin trésorier puisque le groupe se sépare très rapidement et Johnny Rotten le poursuit en procès pour de nombreux impayés.

Mais passons outre ses magouilles douteuses, et en 1983, McLaren entame une carrière musicale solo. Encore une fois, il révolutionne le monde musical britannique puisqu’avec son album Duck Rock, il importe tout simplement le mouvement hip hop en Angleterre grâce au duo américain The World’s Famous Supreme Team.

La capacité créatrice de la musique électronique, ses collages, ses samples, ses superpositions, le font quitter définitivement le monde du rock. Il poursuit ses montages alambiqués avec par exemple l’opéra proto-electro Madame Butterfly, la valse funky Waltz Darling en 89, et l’album concept Paris en 94, un album jazzy avec Catherine Deneuve ou Françoise Hardy en featuring. Il touche vraiment à tous les genres, et s’intéresse même à la musique 8-bit au début des années 2000, juste avant qu’elle ne devienne un réel succès. Encore une fois, il avait su flairer le bon filon.

Mais revenons quelques années en arrière pour une anecdote de taille. En 1985, il se réessaye manager avec … les Red Hot Chili Peppers. Il les a vu sur scène, et il se propose de les manager et de renouveler le groupe : il veut les revêtir de costumes surfer-punks fluos et leur faire jouer du pur rock’n’roll à la sauce 50’s, mais minimaliste. Le cœur de la musique devait être la voix d’Antony Kiedis. Etonnement … le groupe refusa. On ne saura donc jamais ce que les RHCP auraient pu devenir !

Cette anecdote pour illustrer un point : McLaren figure tout de même parmi la liste des artistes un peu farfelus, des charlatans des temps modernes, comme nombre d’autres artistes apparus dans les années 70 en cette période si agitée et qui se veut à tout prix révolutionnaire et choc. Avec ses fringues déchiquetées, ses accessoires SM, son punk primitif et provocant, ses mélis-mélos sonores, il a tout de même sérieusement entaché la culture britannique, de quoi se faire retourner Shakespeare dans sa tombe.

Vous ne rêvez pas, vous venez d’entendre Hamlet rapper.

Après avoir participé, comme tout charlatan un peu has-been, à quelques télés réalité du type La Ferme Célébrité ou Je Suis Une Célébrité Sortez-moi de Là !, il meurt d’un cancer rare de l’abdomen en 2010. Punk is definitely Dead, le punk est bel et bien mort.

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