Dance-Punk : une musique de bavards

Pour les années 2000, on avait LCD Soundsystem et le label new-yorkais DFA Records. On avait aussi Late of the Pier, petits blancs-becs fossoyeurs du No Future, ici, en 2008 avec Space & the woods, morceau emblématique de la dance-punk.

Qu’ils soient Anglais ou Américains, tous s’inspirent du mouvement punk. À une différence près, c’est que tous gardent plus ou moins leur self control. Ils savent qu’une parole ou une mélodie, mieux elle est mesurée, mieux elle est percutante et entêtante.

Qu’ils y collent des bruits synthétiques n’a d’importance que pour en faire un morceau dansant. Autrement, le morceau serait foutrement mortel et intello.

La dance-punk d’hier et d’aujourd’hui sonne par la percussion, avec la guitare basse comme instrument central, et par quelques reflux de la disco et du funk.

En 2000, la techno s’essouffle en Europe. Mais le quartier de Brooklyn, lui, ne désemplit pas. Grâce à l’éclosion d’anciens rockeurs et d’artistes trop pauvres, trop jeunes ou trop bourrés pour habiter Manhattan, Brooklyn va marquer le renouveau d’un mouvement hybride, à la fois funky et punk.

Les premiers maxi de DFA font sensation. Il y a le House of Jealous Lovers des Rapture, mais aussi quelques morceaux de Hot Chip, Hercules & Love Affairs, Holy Ghost ou encore YACHT.

Mais avant ça, qu’est-ce qu’on avait pour danser intelligent ? Cette question répond à ce rapport au punk justement, à ce syndrome de paternité mal assumée.

Pour ça, il faut revenir en Angleterre, il y a trente ans. Le mélange des rythmes inconfortables et chamaniques, le mélange des guitares et de l’électronique avait déjà un goût d’avenir.

Début 80. Quelques boys un peu freaks vivent dans des villes grises, passent la moitié de leur temps à gratter du papier, et l’autre à draguer, inventer ou écouter de la musique. Mais la plupart vont se laisser empêtrer dans le monde merveilleux et désœuvré de la culture club. Ce sont eux, des gars pas comiques pour deux sous, qui vont mijoter l’esprit club. Quelle imposture.

Les débuts sont chaotiques. La Haçienda, à Manchester, est en faillite perpétuelle. Mais la fertilité qui s’en dégage va forcer les rencontres, les vocations, et donner aux groupes qui se posent dans la fosse, à l’écoute de ce qui se joue, l’envie d’expérimenter, de mélanger, de mixer.

New Order, la formation d’outre-tombe, l’enfant orphelin de Joy Division, est le premier groupe à s’y mettre. Dès 1982, Bernard Sumner, Peter Hook et Stephen Morris, maquillant leurs guitares et leurs voix d’un style saccadé, syncopé et synthétique, vont réchauffer les cœurs meurtris par le suicide de Ian Curtis.

Le résultat, c’est Blue Monday et sa poignée de notes légendaires.

C’est une musique alternative à la dance, une musique qui marie l’esprit désabusé de l’underground et la structure mélodique du rock avec les samples électroniques.

Ces qualités conjuguées lui donnent un visage plus humain, à l’opposé des sentiments mécaniques et programmés, de l’espèce de rengaine automatique présente dans la plupart des standards de la culture club.

Les chanteurs sont beaucoup plus facilement associés à leur musique. Ils se donnent, avec la bénédiction du public, plus de liberté dans le style, la texture et la fusion des différents éléments musicaux. David Byrne, et avant lui Ian Curtis, deviennent avec leur autisme les icônes d’un nouveau psychédélisme.

Avec le label Factory Records, fondé en 1978, cet alternative dance rassemble autant la fine fleur de la synth-pop que de l’acid-house ou du trip-hop à ses balbutiements : A Certain Ratio, Quando Quango, mais aussi Royal Family & the Poor.

Musique bavarde, elle ne doit justement sa place dans les discothèques qu’à cet esprit décalé et révolutionnaire, aux antipodes de la disco. Elle le doit aussi à son détournement des ficelles de la pop, et son enthousiasme à incorporer d’autres styles.

Avant eux, dans les années 70, quelques acharnés, des stakhanovistes bien inspirés comme David Bowie, Brian Eno ou Iggy Pop avaient déjà ouvert une brèche dans les frontières musicales. Ils n’avaient que ce qu’ils méritaient : une tendance naturelle à la bougeotte.

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