Gothic Rock : musique abandonnée

Dark Shadows. En plus d’être le nom du dernier Tim Burton, c’est l’histoire d’un genre qui, dans les années 80, les nuits de pleine lune, envahit les studios du post-punk.

Le gothic-rock empruntent les synthés, leur plastique claire, froide, reprend les guitares encore chaudes, résonnantes et pesantes du post-punk, pour bâtir un espace, non pas déshumanisé, mais abandonné.

Quand on y pense, la musique et ses styles, c’est un peu comme une immense cour de récréation de l’avant-garde, avec ses clans, ses coupes de cheveux et de pantalons, sa géographie, ses classes sociales et ses batailles.

Avec ou avant nous, nos parents, nos grands-parents, il y a toujours un microcosme de petits génies qui se fritent pour savoir qui fera la pluie et le beau temps sur ses contemporains.

Ces hommes frappés par la grâce de Dieu composent une cour avec ses millésimes, ses promotions d’étudiants plus ou moins prometteuses. Et les jeunes des années 80 font partie d’une de ces courbes les plus hautes de la croissance musicale.

Les différences sont à leur paroxysme. Chacun voit ses ennemis à la porte. Les blocs s’agitent et se frottent comme des plaques tectoniques brûlantes et inusables.

Parmi celles-ci, il faut compter avec deux rejetons d’un continent unique, le punk, deux enfants jumeaux, deux Remus et Romulus qui pendant dix ans ont aimé se haïr : le post-punk et le gothic-rock. Vous allez me dire, les synthés d’un côté, la guitare de l’autre ?… Ce n’est pas si simple.

Le gothic-rock divague et déraisonne sur la perte de l’être, quand le post-punk condamne le profit. Jamais aussi populaire que cet ancrage politique, social et terre-à-terre, ce gothique des premiers temps devient la bande-son d’un romantisme moderne. Une base de fans se développe, prête à endosser tous les sons les plus douloureux et dramatiques.

Le groupe anglais Joy Division est l’essence même de ce style de musique autant que de vie. À jamais attaché aux images grises et pluvieuses de Manchester, Joy Division (du nom des bordels allemands pendant la 2nde Guerre) est le premier à user d’un style profondément émotionnel, sombre et écorché. Pas au sens de sentimental mais de passionnel.

Twenty Four Hours trouve un écho dans l’album Seventeen Seconds. Ian Curtis comme Robert Smith dégagent un état d’esprit d’absence, de volonté de « donner à voir » sans émotions. Sans qu’une voix modulée vienne filtrer les travers de l’âme. Le ton est direct. Il frappe le coeur avec une esthétique de batcaves, du nom d’un club pour amateurs de son oppressant, de chant froid, monocorde, de textes gorgés de mal-être.

C’est ce mariage qui peut au départ passer pour inconfortable, ce penchant à la fois pour la poésie fleurie et les chants sans arrêt plaintifs ou mélancoliques. C’est tout le Spleen et Idéal de Charles Baudelaire, mis en musique par des Anglais. C’est la quête de l’illusion, la réalité, la laideur et l’intelligence contre le mal et la débauche.

Toutes ces intentions, on les distingue dans un morceau précurseur, Bela Lugosi’s Dead, single de Bauhaus en 1979. Bela Lugosi, acteur américain d’origine hongroise, était connu pour ses rôles de comte Dracula…

Débute alors une course à l’esthétique. On dépasse le côté « groupe de rock » qui pose devant son mur de son et de brique, suintant la sueur et la virilité expressive. Place au vague à l’âme sans tabou, à la conversion gothique de la perversité.

The Cure, Siouxie And the Banshees ou the Sisters of Mercy vont porter aux nues ce spleen idéal. Leur obsession, moins pour le suicide que pour le cœur à fleur de peau, pour la peur du vide amoureux séduit les derniers enfants uniques d’Angleterre, de France et de Navarre.

Plus tard, The Mission UK incorpore plus de pop et d’éléments alternatifs dans sa musique, pendant que Fields of the Nephilim ou Christian Death revendiquent une approche plus lourde.

À la fin de la décennie, le gothic-rock termine sa course. Sa renaissance au mitan des 90′ passe par le copinage avec la musique métal. Les dernières fabriques mettent la clé sous la porte mais la musique indus, elle, marche du tonnerre. Marilyn Manson ou Nine Inch Nails s’amusent tour à tour avec les codes visuels de ce genre encore mal compris, bizarre et donc forcément un peu attirant.

Sa réputation de rock underground, qui l’a longtemps desservi, représente aujourd’hui sa marque de fabrique. Sa réputation de théâtralité, de mélodrame baroque reste originale. C’est une musique de coeur à prendre. Pas à pendre.

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