Zappa. Inzappable.

Qui de mieux que Frank Zappa pour incarner l’artiste without borders ? Franco-gréco-italiano-lituano-américaines, les seules racines du musicien pourraient justifier la diversité mélodique, stylistique et la recherche permanente de brassage sonores. Car Frank Zappa, c’est à la fois du Varèse, du Davis, du Hendrix, du Miller, du Prince, du Marley, du Pink Floyd… Mais plutôt qu’un musicien qui se grimerait à chaque incursion stylistique, Frank Zappa est surtout un équilibriste génial. Un funambule qui caresse le danger, celui de du vide artistique et de la démesure.

Une soixantaine d’albums, des concerts à n’en plus finir, des dizaines de genres explorés, des influences plus extrêmes les unes que les autres…pour Frank Zappa, aborder la musique, c’est surtout une affaire de grand-écart. Et pour éviter le claquage, pour éviter de perdre son public en route, Zappa s’assure de suivre deux règles d’or : la transgression de la norme ‘sans laquelle aucun progrès n’est possible’, et l’équilibre. Opposés, mais pas contradictoires, c’est sur ces deux concepts que Zappa va se reposer pour composer.

1966. En rejoignant Mothers of Invention, Zappa mêle deux de ses styles préférés : le Rythm’n’Blues, et son penchant pour la musique expérimentale, qu’il retranscrit par l’utilisation de collages sonores. En résulte Freak Out!, le premier album du groupe. Pendant 10 ans, Zappa compose et produit (il crée son propre label) pour Mothers of Invention, et permet au passage à de nombreux jeunes talents de se faire la main.

Le microcosme musical duquel il s’entoure lui permet également de parfaire la recherche mélodique et donc le progrès : jamais un seul de ses morceaux ne sera joué identiquement, Zappa réinvente ses morceaux, les retravaille sans cesse, et offre des concerts à chaque fois différents.

En tant qu’élément d’Invention, Zappa explore les styles, s’amuse à déconstruire le rythme en jouant sur des métriques inhabituelles  et fait de l’irrégularité rythmique sa marque de fabrique. Mais ce serait mal connaitre le musicien que de croire que bousculer la norme musicale lui serait suffisant. Car Zappa, c’est aussi un savant mélange entre provoc’ et satire sociale. Il aime à surprendre et à tourner en dérision.

Et ce trait de caractère se dévoile dès le deuxième album du groupe, qui, sur la chanson We’re only in it for the money (on est partants seulement pour le fric), parodie le flower power en s’attaquant aux Beatles et leur titre Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.

1975. C’en est fini de l’expérience des débuts, Zappa décide de mettre un terme à Mothers of Invention pour se consacrer à sa carrière solo. Après quelques collaborations avec des artistes contemporains, et notamment Pierre Boulez, Frank Zappa s’oriente encore plus vers ses premières amours : la musique concrète. A l’aide d’un synclavier (synthétiseur numérique de son, relié à un ordinateur), Zappa singularise ses productions musicales, se plait à superposer des sons issus de différentes sources, et crée même la xenochronie, une technique qui rend le tempo étranger à la production musicale.

1993. Après 27 ans de bons et loyaux services au monde musical, Zappa décède des suites de son cancer de la prostate. Pourtant, ses productions continuent de remplir les bacs. Même éteint, sa musique continue de tourner, et ce grâce au « coffre-fort » magique de la famille Zappa, qui continue de piocher dans ce qui semble être un puits sans fond d’exploration et de création.

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