Tangerine Dream : Clémentine Mécanique

Il y a des groupes qui sont inépuisables, intarissables. Mais alors que les Rolling Stones font toujours parler d’eux depuis 1962, qui croirait, aujourd’hui, que les Tangerine Dream sont toujours actifs. Et pourtant, ils ont les doigts glués aux claviers depuis 1967.

Mais parler au pluriel de Tangerine Dream est une erreur, puisque derrière le pseudonyme se cache Edgard Froese. Lui seul est le membre constant de la formation depuis sa fondation.

Nous sommes en Allemagne, dans les années 60. Edgar Froese fait partie du groupe The Ones qui joue dans un registre blues rock, à la Rolling Stones, d’ailleurs. Durant un de leur concert, en Espagne, Froese rencontre Dali et la clique surréaliste. C’est le choc artistique de sa vie et une période charnière dans le développement de sa musique. Pour lui, « l’absurde recèle souvent de multiples possibilités artistiques » et il se donne pour objectif de « traduire les arts visuels en musique ».

Il cherchera donc à aller de l’avant, plutôt qu’à puiser dans les racines du rock. Il crée Tangerine Dream en 1967, s’entoure de musiciens tels que Klaus Schulze et Conrad Schnitzler et le premier album du groupe sort en 1969, Electronic Meditation. Un titre qui résume assez bien les sonorités du groupe, mais en décalage avec les morceaux qu’il contient : Electronic Meditation ne contient aucun élément électronique, il renvoi plutôt à Jimi Hendrix ou encore Cream, dont Froese est un grand admirateur.

Pas encore de synthé, récemment créé, et bien au-delà des capacités financières de Tangerine Dream. Mais les recettes du premier album changeront la donne et dès Alpha Centauri l’année suivante, les claviers et l’électronique font irruption dans la vie du groupe, et le divorce n’a depuis jamais été prononcé. C’est à ce moment-là que se crée la kosmische Musik, où musique cosmique.

Suite à quoi, Edgar décrète qu’en restant cantonné à des instruments normaux, le groupe n’arrivera jamais à produire quelque chose de réellement nouveau. Il exige alors de ses musiciens qu’ils vendent tous leurs instruments et leur matériel. Pour la musique du futur, c’est sur les synthés et des instruments bricolés qu’il faut compter. Froese a toujours été fasciné par la technologie et les bidouilles musicales.

Avec Zeit, leur 3e album, démarre une longue collaboration entre Froese, Peter Baumann et Christoph Franke, les nouveaux visages de Tangerine Dream. Une formation stable qui durera toute la décennie et apportera le succès aux allemands, de même durant toutes les années 80 avec Johannes Schmoelling en remplacement de Baumann. Ce sont, de loin, les deux décennies les plus intéressantes du groupe. Ni trop expérimentales ni trop mainstream, elles représentent le mixe parfait entre l’acoustique et l’électronique, sachant rendre la musique du futur abordable à toute oreille. Notez bien, auditeurs de 2012, que leur musique peut sembler kitsch aujourd’hui, mais était belle et bien, à l’époque, le son de l’avenir.

Ce son évoluera constamment au gré des formations, les musiciens apportant ou emportant avec eux leurs influences. Des virages artistiques qui peuvent surprendre les fans. le groupe se perd dans les expérimentations et les nouveautés, et a ainsi du mal à fidéliser les oreilles. Sincère explication ou vexation cachée, Edgar Froese clamera toujours qu’il a mené Tangerine Dream comme un projet musical personnel et n’a jamais cherché à satisfaire les fans ou suivre la mode. Les expérimentations avant tout.

OK Edgar, alors explique-moi ça :

Oui, le grand expérimentateur, l’ingénieur sonore du futur qui n’a cure des exigences du marché du disque sort un album de reprise à chier. De toute façon, soyons franc, depuis le début des années 90, depuis l’intégration de son fils Jérôme au projet, Tangerine Dream n’intéresse plus personne. Le groupe vivote toujours aujourd’hui, mais tout le monde s’en fou.

Pourtant, Tangerine Dream aura marqué l’école berlinoise de musique électronique à tout jamais. Ils auront quasiment créé la trance music, et auront inspiré autant de grand nom du monde de la musique tels que Radiohead, M83, DJ Shadow, Kasabian ou encore Rammstein qui, tous, citent Tangerine Dream parmi leurs principales influences. Mais tous citent le Tangerine Dream des années 70/80. Celui qui cherchait encore le son de l’avenir. Cette quête, il y a bien longtemps que le groupe l’a abandonné, finalement rattrapé par la technologie embrassée par la nouvelle génération. A trop presser le jus de sa clémentine, Edgar Froese n’en a désormais plus que la peau, amère et désagréable. Et le pire, c’est qu’il insiste encore, arborant fièrement sa discographie à rallonge. Mais y’a un moment, Edgar, où il faut savoir dire stop.

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