Soulfly : Métal tribal !

Max Cavalera était l’âme de Sepultura, le groupe de rock le plus fameux de la scène brésilienne. L’un des plus bruyants aussi. Un jour, le tombeau s’évente. L’âme de son hôte s’envole vers d’autres envies. Vertige bien éphémère…

Fin 1996, le chanteur et guitariste brésilien est gravement touché dans ses tripes… Il doit quitter Sepultura, qu’il a co-fondé au début des années 80’, mais aussi faire le deuil de son beau-fils et meilleur ami, Dana Wells.

Usant de la musique comme d’une thérapie à sa dépression, Max Cavalera va essayer de se blinder un maximum. Pas question de prendre une retraite anticipée. Tel un Napoléon sur le champ de bataille de Waterloo, il va composer autour de lui une espèce de dernier carré de fidèles parmi les fidèles : Roy « Rata » Mayorga à la batterie, Jackson Bandeira en seconde guitare et l’ancien roadie de Sepultura, Marcello D. Rapp, à la basse.

Avec Soulfly, Cavalera veut pousser plus loin le virage amorcé par sa dernière participation à Sepultura, Roots qui enrichit le métal caverneux d’une bonne rasade de percussions traditionnelles.

Le premier album de Soulfly consacre d’emblée l’ouverture d’esprit. Primitive poursuit la même voie. Dans certaines chansons, les rythmes jamaïcains et brésiliens ajoutent des couleurs à l’arc-en-ciel, réaniment la grosse machine rock par des jeux de guitares ludiques et inouïs.

Les plus beaux mirages réservent de sacrées surprises, comme ce Son Song écrit et chanté avec Sean Lennon. Le refrain, les choeurs suaves se marient bien avec le fond de guitares méchantes et beuglantes.

Entre le morceau instrumental étonnamment tranquille (Soulfly II) et l’incursion enfin réussie de Cavalera dans le rap métal (In Memory Of…), Soulfly 1.0 en donne pour tous les goûts. Sa genèse marque le renouveau d’un Max Cavalera revigoré, brandissant fièrement les tics d’un néo-métal requinqué. Presque dédiabolisé.

Les cocasseries continuent. Après deux couvertures ensoleillées, nettement reggae, la pochette de l’album 3 symbolise l’om, signe de la religion indienne, mais aussi fin d’une époque. Les illustrations paraphées Michael Whelan sont désormais enterrées.

Dans ce climat délétère, un 5e album, Dark Ages, vient sonner le rappel une dernière fois. La balade est encore brutale et saignante. Elle est aussi pleine de paradoxes : musique brésilienne et flamenco se donnent à coeur joie sur des morceaux tantôt fiévreux, tantôt planants.

L’omniprésence de Cavalera, son passé, son charisme, son aura laissent place à du tapping de guitare tape-à-l’oeil, de plus en plus moulé dans le bonnet des groupies. Max n’a plus sa longue chevelure crasseuse : il est fier de brandir ses dreadlocks. Sauf qu’entre temps, Zack De la Rocha (Rage Against the Machine) est passé par là… La mode des dreadlocks, tout comme l’influence spirituelle de Bob Marley, sont déjà largement épuisées.

La musique du combo commence à tourner sérieusement en rond. A défaut de tomber à pic, le groupe concède un morceau d’une minute de silence, 9-11-01, en hommage aux victimes du 11 septembre. Premier degré ou manque d’inspiration, l’atmosphère se plombe et se cherche. 

Les compositions se fanent vite, trop vite. L’énergie lourde, pesante, agaçante est à la baisse. On ne distingue bientôt plus qu’une immense colline de distorsion. Difficile à gravir tant le groove est joué sans conviction.

La férocité du Soulfly ne s’arroge maintenant plus qu’un menu lopin de terre. Une terre trop voisine de celle des Korn et autres Limp Bizkit, auto-proclamés ambassadeurs du néo-métal. À défaut de…

Publicités
Tagué , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s