Musique Tzigane, poésie de caméléons migrateurs

Des premiers chemins foulés, en Inde et au Pakistan, au 11ème siècle, jusqu’à la péninsule andalouse, en passant par la Russie, la Turquie, les Balkans, la France… le peuple Rrom n’aura pour frontières que celles des rives eurasiennes. Sa musique, elle, lestera son bagage au fil des kilomètres, s’alourdira et s’enrichira à chaque cohabitation, à chaque ornière. Retour sur une histoire d’hommes.

La musique Tsigane est aux Rroms ce que les negro spirituals étaient aux esclaves des champs de cotons ; ce que le blues était aux afro-américains des années 30. De la musique exprimant révolte, souffrance et dignité. Car entre déportations, exterminations ou rejet pur et simple, la route comme les étapes n’ont pas toujours été très tendres avec le peuple nomade.

Encore maintenant, les Rroms souffrent d’une grande méconnaissance culturelle, et musicalement parlant, cela se traduit généralement par un désintéressement total de leur culture, au profit de celles des autres. Pendant longtemps, la musique Tzigane est cantonnée à la musique « de table », ou à la virtuosité des violonistes, forts demandés pour interpréter, sous l’empire austro-hongrois, des valses viennoises. En s’adaptant au répertoire et aux envies des autres, la musique Tzigane fait office de divertissement mais n’est jamais mise à l’honneur pour ce qu’elle est réellement.

Pourtant, la musique Tzigane subsiste, et transparait malgré le côtoiement constant avec les cultures environnantes. En saisissant les influences des pays traversés, la musique évolue, se diversifie, se ramifie. Improvisation, rapidité du rythme et instruments folkloriques se mêlent aux sonorités étrangères : cela donne la musique balkanique en Europe centrale, le flamenco et la rumba en Andalousie, ou encore le jazz manouche (croisement de jazz et de musette) en France.

À l’inverse, la densité culturelle de la musique Tzigane interpelle également les musiciens de tous bords, qui décident de l’intégrer dans leurs compositions. La musique gadjé (non-Tzigane) se pare alors d’accents faussement nomades, à l’instar des américains de Beirut ou de DeVotchka, de la collaboration électro-tzigane de DJ Click et Rona Hartner (Boum Ba Clash), ou encore des groupes de chansons festives français. Autant de réminiscences d’un monde impalpable, où frontières géographiques et musicales s’étendent aussi loin que les limites psychologiques leur autorise.

« Au-delà des genres, des écoles et des frontières, il existe bien un son et une couleur gitanes qui se manifestent comme un signe d’identité ou un cri de ralliement. »
Guy Bertrand, ethnomusicologiste

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