Throbbing Gristle : Le Bruit et la Fureur

Revenons 41 émissions en arrière, je vous amenais à la découverte de la musique industrielle. Un petit peu moins d’un an plus tard, il était temps d’y revenir, avec, cette fois-ci, la carrière de Throbbing Gristle, un des grands noms de la scène industrielle, condensée en moins de dix minutes.

Grand nom de la scène industrielle, donc, parce qu’il en est un des meilleurs représentants, mais surtout parce qu’il lui a donné son nom lors de la création de leur propre label, Industrial Records en 1976. « Industrielle » définira la musique produite sur ce label, puis par extension toute musique affiliée et ressemblante.

Mais revenons au début, avant même la création du groupe Throbbing Gristle. Au départ, il y a Genesis P-Orridge (né Neil Andrew Megson), personnage atypique qui mériterait sa rubrique à lui seul, qui rejoint COUM Transmissions en 1970, un collectif artistique de performeurs avec Cosey Fanni Tutti. Avec ce collectif, ils réalisent toutes sortes de projets artistiques chocs et polémiques, avec des collages de la Reine d’Angleterre sur des photos pornographiques (ce qui les fait frôler la prison), des happenings controversés avec gardes travestis, public punk, et tampax usagés dans des verres d’eau.

Public punk, parce que c’est l’époque, mais public punk car COUM Transmissions et ses artistes sont des punks dans l’âme. Tout comme eux, ils refusent la norme, sabotent la société de leur temps qu’ils critiquent, et surtout, ils aiment faire chier et bousculer les bonnes mœurs.

Avec l’arrivée de Chris Carter au sein de COUM, Genesis et Cosey se mettent à la musique. Carter leur fait découvrir Kraftwerk et Tangerine Dream, et il les initie à l’instrumentation électronique et ses possibilités, et avec Peter Christopherson ils forment Throbbing Gristle, l’antenne musicale du COUM, en 1975. En s’exprimant par la musique et non plus seulement l’art contemporain, leur auditoire s’élargit considérablement. Les prétentions sont les mêmes : on choque, visuellement (il n’y a qu’à voir le logo de leur label, une des cheminées d’Auschwitz, ou leur propre logo, un éclair qui rappelle tout de même énormément l’insigne SS. Les concerts lives étaient accompagnés d’animations vidéos réalisées par Christopherson, à base d’images violentes, de meurtre, de guerre, de corps décharnés), et on choque, auditivement. Assister à un concert du groupe relevait de la prouesse physique, tant le corps était éprouvé, à base de larsens, bruits blancs, saturation, etc. Jon Savage, un journaliste musical anglais émérite, avait d’ailleurs déclaré que le groupe s’était engagé « dans une guerre totale contre les perceptions contemporaines » (« nothing short of a total war’ on contemporary perception »).

Ils déclarent également la guerre à l’information, le tyran de la société, parodient les campagnes de communication en véritable propagande pour la promotion de leurs évènements, mais surtout ils noient l’information dans du vacarme. Le bruit, c’est du son comme tant d’autres. Un bruit et une note naissent de la même manière et sont le résultat d’un même phénomène. La seule différence, c’est l’esthétique du son. Throbbing Gristle va au contraire choisir le non-esthétique, ils ne vont pas filtrer l’information, mais vont au contraire nous la livrer sous forme brute. Leur soucis en fin de compte, c’est représenter la réalité, sans censure aucune. Et la réalité, c’est un monde violent, froid et déshumanisé, régit par l’industrie ; que ce soit l’industrie de la mort qui a pris fin il y a à peine 30 ans, ou l’industrie mécanique, celle, bruyante et broyant, de l’homme-machine. Ce n’est pas pour rien que Kraftwerk se muaient en robots, et Throbbing Gristle, eux, n’imiteront pas l’homme, mais les machines et leur vacarme infernal, leur aspect dur et froid.

Alors que la contre-culture punk n’en était déjà plus une et était tombée sous le joug de l’économie musicale, la musique industrielle, Throbbing Gristle en tête, va s’affirmer comme la nouvelle (contre-culture) de l’époque.

 Mais l’amour et l’amour-propre auront raison du groupe, puisque le couple P-Orridge/Fanni Tutti se sépare, tandis qu’elle trouve du réconfort dans les bras d’un autre membre du groupe, Chris Carter. De plus, Genesis s’imposant de plus en plus en tant que leader, au détriment des autres membres, le groupe implose et se sépare en 1981, et chacun vaque à ses occupations. En 2004 cependant, pour le 30e anniversaire de la formation du groupe, Throbbing Gristle se reforme, réalisent une série de concerts et sortent deux nouveaux albums ainsi qu’un coffret DVD.

Mais le 27 octobre 2010, le groupe et son équipe reçoivent un mail de Genesis P-Orridge affirmant qu’il ne souhaitait plus travailler avec Throbbing Gristle. Le groupe est donc considéré comme terminé, mais les 3 autres compères continuent à se produire sous le nom de X-TG pour ne pas décevoir les fans qui avaient acheté leurs billets pour des concerts annoncés. Un mois plus tard, Peter Christopherson meurt dans son sommeil, mettant ainsi un terme officiel à l’espoir de voir un jour le groupe se reformer au complet.

En final, Throbbing Gristle était, selon les termes du regretté Christopherson, de la « musique de chambre pour les jours difficiles à venir » (« Chamber Music for the Coming Hard Times »). Une Œuvre en avance sur son temps, donc, qui aura fait du bruit, ce rebut sonore, le chef d’orchestre de leurs compositions.

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