Who the fuck is Gainsbarre ?

Avril 79. Aux Armes et cetera, 11e album du grand Serge est bouclé en une semaine. Sa version reggae de La Marseillaise fait scandale et marque son retour en fanfare. Pendant que les patriotes sabordent ses concerts, que les « paras » atterrissent, les ventes décollent et s’envolent. Gainsbourg était déjà une mascotte. Il devient sa propre marionnette. Gainsbourg devient Gainsbarre.

Des événements vont charger et forger cette fin de « vie héroïque », comme le filme si bien Joann Sfar en 2010. Son père meurt en avril 71 quand la jolie Charlotte naît en juillet. Les excès d’alcool, de tabac. Les excès de fierté et de folie amoureuse feront le reste.

15 mai 1973. Premier signal d’alerte. Malaise cardiaque. Pendant que Jane Birkin, sa lolita depuis mai 68, se morfond, crie et pleure à son chevet, Serge ne perd rien de son âme addict. Il appelle un journaliste de France-Soir et lui accorde une interview exclusive… Promotion sur lit d’hôpital. 

Son Mr. Hyde creuse la tombe dans l’intimeJe suis venu te dire que je m’en vais sort la même année. Une bien triste prémonition puisqu’à l’été 1980, Melody Nelson, aka Jane Birkin, fait ses valises car « tu m’en as trop fait », comme dit la chanson.

Toutes ces blessures assassines donne du volume cathodique au Gainsbarre : billet brûlé en direct en mars ’84, Whitney Houston chahutée, draguée dans l’émission Champs Elysées de Michel Drucker en avril ’86… Les apparitions sont rares mais scandaleuses.

Automne 1984. Nouvelle métamorphose avec l’album Love On the Beat. Sur la pochette, Gainsbourg apparaît travesti en femme fatale, cigarette fine, cheveux laqués, mascara et rouge à lèvres. La photo par William Klein est superbe, la musique aussi. Le son comme l’image sont en noir et blanc, tout en contrastes. Les paroles flirtent et s’accordent à merveille avec des mélodies accrocheuses. Gainsbarre cultive l’ambiguïté.

Sur fond d’electro-funk new-yorkais, Serge le désespéré magnifique s’aventure dans les forêts sauvages de la sexualité. Il dessine les modifications de son époque, les propagations infectieuses d’un sexe en dérive. Il jette en pâture la BO idéale pour une génération qui zappe sans transition de l’érotisme 70′ à la pornographie cryptée de Canal +, qui passe des joies et fumettes de la vie hippie, aux trépas des années SIDA et des premières déchirures de capotes.

Le morceau éponyme fait jouir de colère tout partisan des bonnes moeurs. Kiss Me, Hardy raconte un fantasme d’homosexualité, en la personne de l’amiral anglais Nelson, meilleur ennemi de Napoléon sur les mers, avec son aide de camp Hardy. Enfin, le dernier titre, acide comme un citron, Lemon Incest (Inceste de citron), clôt l’enterrement populaire de Gainsbourg.

L’opinion ne rigole plus, ne le suit plus. Elle tourne à présent son regard vers Coluche et ses Restos du Coeur, fondés la même année. Un autre humoriste, Pierre Desproges, a d’ailleurs cette phrase terrible : « Serge Gainsbourg ? Je l’aimais bien… de son vivant. »

Autant dire qu’il est descendu comme rarement un artiste a pu l’être. La coupe de champagne est pleine. Son alcoolisme n’a plus rien de mondain. Avril 89. Il subit une ablation partielle du foie. Le culte s’alimente et se délecte de ces accidents de parcours. Serge se martyrise, maltraite son corps au point de devenir étranger à lui-même.

Les provocateurs n’ont pas d’avenir. Il le savait puisqu’il l’a choisi. Alors, soit il restait toute sa vie emmuré, soit il payait le prix du mépris. Le 2 mars 1991, il meurt seul, tout seul, victime d’une crise cardiaque à son domicile de la rue de Verneuil, à Paris.

Depuis ses élucubrations jazzy et java dans Saint-Germain-des-Près jusqu’aux rythmes cubains, funk et reggae des années 80′, le flambeur aux 600 chansons n’aura pas seulement goûter aux cocktails explosifs. Il aura d’abord eu du bon goût pour la mesure et la démesure.

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