Le Folk : « Who controls the past controls the future. »

Qu’est-ce que le folk ? La musique folk et la musique folklorique, est-ce la même chose ? Puis-je espérer voir Simon & Garfunkel au festival de Lorient ? Entre les guitares acoustiques et les binious, on serait presque perdu. Music Without Borders remet de l’ordre dans tout ça et répond à vos interrogations. En faisant quelques impasses bien sûr, on a qu’une colonne.

La musique folk, c’est avant tout toute la musique traditionnelle de langue anglaise (qu’elle provienne donc d’Angleterre, d’Irlande, des Etats-Unis, du Canada, etc.). Le nom du genre, « folk », nous vient d’ailleurs de l’anglais qui signifie « peuple ». L’allemand va même au-delà, et par « Volk », on entendra « Nation ». Par musique folk on peut donc comprendre donc musique du peuple, voire même la musique de la nation, celle qui la défini et la caractérise. C’est la musique traditionnelle. Mais attention aux mots, puisque « musique du peuple » peut être synonyme de musique populaire, soit pop music, autrement différent. Le folk, contrairement à la pop, est ancré dans la tradition tandis que la pop va sans cesse se moderniser et se renouveler à mesure des révolutions technologiques (invention de la guitare électrique, invention du synthétiseur, musique par ordinateur et même, maintenant, musique par Ipad).

C’est là la caractéristique principale du folk : un retour en arrière, un refus de la modernité. C’est pourquoi la plupart des morceaux folk sont acoustiques et que, quand Bob Dylan se met à l’électrique en 1965, il crée la polémique.

La folk musique, ça peut donc soit être des chants traditionnels, d’auteurs souvent anonymes et transmis de générations en générations, soit des compositions modernes, mais dans un style traditionnel. Les américains font parfois la distinction entre folk music et contemporary folk music. Ce qui nous intéresse d’avantage dans cette rubrique, c’est donc la contemporary folk music, ou musique folk tout court pour nous autres bons français qui s’emmerdent pas avec des fioritures.

Cette folk musique contemporaine née d’un folk revival (ou résurgence) vers la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis durant les années 40 pour atteindre l’apogée dans les années 60 où le chant folk se fait très souvent chant de contestation et militant : il ne parle plus de la nature, de la vie de marin ou de baroudeur ou encore des grandes constructions de l’homme. A cette époque, le sujet c’est les droits civiques, la tolérance, la Guerre du Viêt-Nam mais encore et surtout le racisme. C’est Martin Luther King et son « I Have A Dream » durant la Marche vers Washington le 28 août 63, marche à laquelle Bob Dylan participa et pour laquelle il joua, accompagné de Joan Baez, autre grand nom de la scène folk, avec son titre Here’s To You qui dénonce, lui aussi, une injustice, celle de deux anarchistes injustement condamnés à mort, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti. La musique folk se fait alors le relai de nombreuses protest songs ou chants de révolte.

En pleine époque hippie, cette musique qui prône et réalise un retour aux sources séduit forcément. D’autant plus que l’absence de « profondeur instrumentale » (pas de basse, pas de batterie, pas de cuivres, etc.) laisse toute sa place au chant et aux paroles. Néanmoins, le folk se laisse atteindre par l’esprit rock and roll, va se densifier, mais restera, pour quelques temps encore, acoustique.

C’est avec l’arrivée des Beatles (encore eux) sur les ondes américaines à peu près à la même époque avec toute la clique de la British Invasion, que le changement va arriver, et les américains de The Byrds vont combiner le son de leurs idoles anglais et américains. Ils prennent les guitares électriques des uns, et composent comme les autres, et obtiennent le succès avec leur reprise de Bob Dylan, Mr. Tambourine Man et popularisent ainsi un nouveau genre : le folk rock. La musique folk était déjà dans le vent, elle est désormais branchée, au grand dam de certains.

Mais quelle soit folk-folk ou folk-rock, elle est à l’image de son berceau : Greenwich Village, le quartier bobo de Manhattan. Le quartier qui a hébergé la Beat Generation et ses auteurs Kerouac ou William Burroughs, avec qui la folk music partage pas mal de points communs : idéal de vie bohème, rejet du matérialisme, essai aux différentes drogues (c’est tout de même Bob Dylan qui a fait goûter la LSD aux Beatles …), influences romantiques, etc. ; le quartier qui a abrité la plupart des groupuscules anti-guerre ; le quartier qui a joué un rôle prépondérant dans l’affirmation d’une sexualité gay. Bref, c’est un quartier où la liberté règne, bien hippie sur les bords, qui a d’ailleurs été le lieu de résidence de la plupart des grands noms de la scène folk / folk-rock : Dylan, Hendrix, Simon & Garfunkel, Joan Baez, The Velvet Underground, Richie Havens, The Mamas and the Papas.

Mais et la France dans tout ça ? Dans l’hexagone, la musique folk est très souvent rattachée à la vague de musique bretonne, avec cornemuse, vielle à roue, biniou et compagnie, car c’est celle qui connut le plus de succès, mais n’importe quelle musique de style traditionnel, celle qui reprendra les codes régionaux, est appelée musique folk. Alors attention, si un bal folk se trame dans votre ville, ne vous attendez pas à y voir débarquer Bob Dylan ou des américains en chapeau de cowboys et banjos. Vous y rencontrerez plutôt des mémés en robe à dentelles. Chacun son folk !

Et le folk aujourd’hui ? Encore un revival, le folk est depuis plusieurs années de nouveau à la mode. Simple illustration : Le Newport Folk Festival, le premier festival folk américain d’importance né en 1959, mais doit fermer en 1971 suite à divers problèmes. Mais avec la résurgence du genre dans les années 80, il rouvre en 1985 et n’a plus fermé depuis, faisant jouer ces dernières artistes des noms comme The Decemberists, Fleet Foxes, Iron and Wine, The Pixies The Swell Season, Gogol Bordello ou encore Calexico.

Et comme tout bon terreau, le genre a donné naissance à de multiples sous-genres et, je pense, ne s’arrêtera jamais de nourrir la scène musicale, de génération en génération. D’autant plus que la définition de folk music en tant que musique traditionnelle s’efface de plus en plus au profit d’une autre définition du genre, c’est-à-dire d’être débranché. Si l’on jouait avant uniquement sur guitare, banjo ou harmonica, c’est parce que ça se jouait comme ça, selon la tradition. Aujourd’hui, un groupe peut se targuer d’être folk dès qu’il utilise des instruments relativement peu conventionnels dans son genre et surtout débranchés, c’est la règle : des simples violons ou flûtes aux plus exotiques ukulélé, mélodica ou même instruments-jouets, tout est folk. Et du coup, ça se décline un peu partout : indie folk, folktronica, freak folk, psyché folk, folk métal, folk progressif, néo-folk, anti-folk (qui malgré son nom n’est pas forcément un genre aux antipodes du folk, mais plutôt un croisement entre punk et folk) … la liste est longue et ne s’arrêtera probablement pas de grandir.

Ressasser le passé n’aura jamais été si productif et George Orwell avait finalement bien raison : « Celui qui contrôle le passé contrôle le futur » (« He who controls the past, controls the future », George Orwell, 1984)

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Une réflexion sur “Le Folk : « Who controls the past controls the future. »

  1. […] semaine dernière, je vous amenais à la découverte de la folk music et je terminais ma rubrique par une liste des sous-genres du folk. Je ne m’arrêterai pas en […]

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