Buddy Holly, le rock à binocles

En seulement deux ans, un jeune homme a réussi à infléchir la direction musicale de toute une génération, de tout un pays, et à fortiori de toute une planète ! Chronique d’un garçon pas ordinaire.

Nous sommes en 1955, l’Amérique vibre encore au rythme du rock’n’roll, du jazz et des contestations raciales. Elvis et son déhanché subversif déchaîne les foules, Little Richard se libère du carcan Rythm’n’Blues avec son titre rock’n’roll Tutti Frutti, Rosa Parks reste vissée à son siège d’autobus… Autant de signes qui laissent présager le bouillonnement culturel à venir.

Buddy Holly ne fait pas exception à la mouvance de l’époque, lui aussi bouscule les codes : il monte sur scène avec ses énormes binocles, désormais légendaires. Alors, si ce détail peut aujourd’hui paraître sacrément futile, à l’époque, il faut le savoir, aucun artiste aspirant à la gloire ne souhaite se montrer avec des lunettes. C’est du suicide commercial. Pour autant, le jeune Buddy assume sa myopie et offre au public, pour la première fois dans l’histoire, une image de garçon sage, affublé son costume premier de la classe derrière ses montures épaisses, aux antipodes du look de rocker cultivé par ses contemporains. En 1955, quand il crée son premier groupe avec son copain de lycée, Bob Montgomery, autant le dire, le jeune Charles Holley n’a pas vraiment l’allure d’une star de rock’n’roll. Et pourtant.

Après une courte période très marquée country music, il réalise un revirement charnière dans son approche musicale. En Octobre 1955, il réalise la première partie du concert du King, qui passait par la ville de Lubbock (dont Holly est originaire), et là, c’est le déclic. Buddy fera du rock’n’roll, comme son idole. Sonny Curtis, qui accompagnait Buddy et Bob, se rappelle :

« Quand Elvis est passé par là, Buddy est tombé sous le charme et nous avons commencé à changer. Du jour au lendemain, nous étions devenus des clones d’Elvis. »

Une pirouette qui lui vaut un contrat chez Decca Records quatre mois plus tard. L’aventure débute enfin et, après les ventes mitigées de quatre titres sur le label, Buddy Holly monte son groupe en mars 1957. Buddy Holly and the Three Tunes voit le jour, très vite renommé Buddy Holly and the Crickets. S’en suivent les morceaux à succès That’ll Be the Day, Oh Boy, Rave On, Maybe Baby ou encore Peggy Sue.

INTERTITRE

La rapidité du beat de la batterie de ce dernier titre offrira un son particulier, qui permettra au groupe de se distinguer du son rock’n’roll pour devenir tout simplement rock. Ironique, alors que Buddy lui-même avait à plusieurs occasions empêché son batteur de jouer, sous prétexte qu’Elvis n’utilisait pas de batterie dans sa formation.

En octobre 1958, après seulement un an et demi avec les Crickets, Buddy Holly, récemment marié, décide de s’installer à Greenwich (New York) et de démarrer une carrière solo. Il envisage même de créer son propre label, Prism Records, et imagine déjà des collaborations avec de grands noms de la soul, notamment Ray Charles.

La même année, alors que l’argent entre difficilement dans les caisses, en partie à cause de litiges concernant des Royalties non payés, Buddy Holly accepte de participer à la tournée Winter Dance Party, en janvier 1959. En consentant à cet évènement, c’est aussi hélas, sa mort qu’il signe. L’histoire est bien connue, alors qu’il loue un jet pour éviter de subir les conditions horribles de transport (un bus dont le chauffage tombe en panne, par -32°C, son bassiste doit par ailleurs faire un séjour à l’hôpital pour soigner de sévères engelures), l’avion s’écrase quelques minutes après le décollage, tuant tous ses passagers. Buddy Holly avait 22 ans.

Clap de fin pour l’artiste, qui aura malgré tout laissé une trace indélébile dans le paysage musical. Ses expérimentations, notamment avec l’utilisation pour la première fois de l’enregistrement multi-piste et stéréo, l’utilisation de la batterie et son caractère audacieux auront marqué toute une génération d’artistes. Et pas les moindres.

Elvis Costello, Bob Dylan, qui avait vu Buddy Holly jouer en live, les Beatles, dont le nom fait référence aux Crickets, ou encore Elton John, qui a carrément décidé de porter des lunettes, et a, par conséquent, involontairement provoqué sa propre myopie en rendant hommage à Buddy Holly. John Lennon, quant à lui aura enfin accepté d’assumer de porter ses lunettes sur scènes en voyant une retransmission d’un concert de Buddy.

Musicalement, comme culturellement, Buddy restera une légende. Du rock, comme de la binocle.

Publicités
Tagué , , , , , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s