Brit-Pop, de l’ego pur jus

Encore aujourd’hui, Blur reste le symbole absolu d’une brit-pop sautillante, fière et égocentrique. Tout au long de sa carrière, le groupe anglais n’a cessé de brasser ses influences pour nourrir un genre résolument personnel.

Son renouveau d’orgueil

Blur, Pulp, Oasis,… Tout commence à la fin des années 80′. Fatiguée de la Guerre froide, lessivée par le gouvernement Thatcher, lassée des costumes et coiffures bouffonnes des Eighties, la société britannique est bien mûre pour en finir avec les modes culturelles et musicales en vigueur, en particulier avec le grunge venu des Etats-Unis.

Mais, cette fois, finis les exercices d’endurance chers au mouvement shoegazing, finies les chansons longues, répétitives et psychédéliques. Pour ce 2e round, les Anglais décident de rentrer dans le lard.

A l’aube de cette invasion américaine, Suede et Blur allument la mèche de la Sainte-Barbe, lance un mouvement explosif, clairement appuyé sur de vieux pots de confiture mais parlant uniquement de sujets et de thèmes britanniques. Ils sont bientôt rejoints par Oasis, Pulp ou Supergrass.

Un des fils directeurs fait remonter la genèse jusqu’aux Smiths, Stone Roses et autres Inspiral Carpets. Toute la clique venue de « Madchester » a traversé la décennie 80 sur deux roues : le rock et la dance music. Seulement, Factory, le label mancunien, celui de New Order comme des Happy Mondays, disparaît fin 1992. La Brit-Pop sera donc seulement influencée par la queue de la comète.

La Brit-Pop, c’est un peu Blur qui se réinvente en 1993, au retour d’une tournée américaine. Les quatre garçons sont épuisés, deviennent dépressifs et nostalgiques de leur pays. Ils commencent à écrire sur une vie quotidienne anglaise plus ou moins fantasmée. C’est Modern Life is Rubbish en 1993.

« Damon et moi, on sentait bien à quel point nous étions au beau milieu de tout ça. Il était clair pour nous que Nirvana était bien là, que les gens ici étaient très intéressés par la musique américaine, et qu’il fallait donc une espèce de manifeste pour le retour à la Grande-Bretagne et à sa culture », Justine Frischmann, petite amie de Damon Albarn.

Le journaliste John Harris fait lui débuter la réplique avec les singles Popscene et The Drowners, par Blur et Suede, réalisés au printemps 1992. En fait, Suede est le premier groupe à guitares à paraître dans les médias british comme une réponse aux « jeans troués » de Seattle.

L’Union Jack, le drapeau des Îles, reprend des couleurs et devient symbole de la revanche. En avril 1993, Select Magazine fait sa une avec Brett Anderson, leader de Suede, l’Union Jack en arrière-plan mais surtout avec le titre : “Yanks Go Home!”, « Américains, rentrez chez vous ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait, la mort de Kurt Cobain, figure de la jeunesse et du grunge, et la sortie du 3e album de Blur, Parklife, en 1994 consacrent l’ostracisme et le grand ménage de printemps sur les murs des chambres et dans les discothèques des jeunes Anglais. Cette même année, Oasis realise son 1er album Definitely Maybe, qui bat le record tenu par Suede du premier LP le plus rapidement vendu de l’histoire de la Grande-Bretagne.

Tous vont chasser la noirceur and remettre au goût du jour le concept des rock stars qui maitrisent parfaitement leur sujet, à savoir des chansons pop avec jolis couplets, chœurs entraînants et passages de guitares par-ci par-là. Bref, de différentes manières, tous ressuscitent la musique anglaise des années 60’ et la combinent avec la puissance musicale et charismatique du punk de la fin des 70’.

Épousant de vieilles mélodies et structures Sixties, plutôt the Kinks pour Blur, plutôt the Beatles pour Oasis, ils ont forcément plus de temps pour triturer et trouver de nouveaux arrangements, synonymes de force motrice. Ils  posent des mélodies hantées sur des rythmes acides, dansants et les accompagnent de tourbillons formés par le couple guitares-claviers. C’est le retour du règne du Swinging London et de la chanson de texte pour la jeunesse populaire.

La presse suralimente le mouvement pour montrer que le pays a de vrais artistes. Tous les groupes avancent une même tactique, qui réside dans la sortie régulière de radio singles et la mise en valeur des leaders (Brett Anderson, Damon Albarn, Noel Gallagher). Stylistiquement différents, musicalement éclectiques, ils se tirent la bourre, aiment se faire la guerre mais, heureusement, l’émulation fait avancer le schmilblick Brit-Pop.

Blur vs Oasis

D’un côté, les bons fils de famille de Blur contre les teigneux frères Gallagher d’Oasis. Une génération qui ne connaît que la droite conservatrice, pèpère et intransigeante au pouvoir, va être témoin d’une révolution musicale, à l’égal de l’affrontement entre Beatles et Rolling Stones dans les années 60’. Histoire de remplir et d’égayer un peu les unes pendant quelque temps.

Damon Albarn s’en défend (c’est un argument dans la guerre), mais il appartient clairement à la classe supérieure et intello. Il n’assume pas. Il préfère dire qu’il est un pur produit du système éducatif anglais, car les gens de la classe moyenne (comprenez Oasis) font leurs classes dans l’école privée. Ce petit air d’« Angleterre is back » va encore alimenter le malaise nationaliste, le sentiment que la Brit-Pop devient le nouvel étendard de l’indépendance. Un étendard, il est vrai, beaucoup plus attirant, bankable et sexy que la froide et perfide Margaret Thatcher.

Cette bataille montée en épingle par les médias maintient le genre sur le devant de la scène en 1995. Les deux groupes s’apprécient mais se chamaillent comme des amis dans un match de foot. Ils s’engagent dans ce que le magazine NME appelle le « British Heavyweight Championship », lequel championnat voit sortir le même jour, le 14 août 1995, le single d’Oasis, Roll With Itet celui de Blur, Country House.

Une quasi lutte des classes et des régions, un peu moins sanguinaire qu’en Irlande tout de même, car Oasis représente le Nord de l’Angleterre et Blur le Sud. On connaît ça en France avec le PSG et l’OM, mais c’est beaucoup plus mortel.

La passe d’armes passionne toute la population – c’était le but – et Blur l’emporte aux points avec plus de 274 000 copies vendues contre 216 000. Oasis n’aura pourtant pas la défaite amère puisqu’ils gagnent à la longue un gros succès aux USA avec le fameux Wonderwall et leur second album (What’s The Story) Morning Glory ?, écoulé à plus de 4 millions de copies seulement en Grande-Bretagne.

Mais, le champ de bataille voit déjà les fossoyeurs prendre la place et faire le ménage derrière les deux rivaux. En 1997, leur 3e opus, Be Here Now, malgré de très bonnes ventes, est lourdement critiqué pour un son hyper-produit ; même Noel Gallagher crache (déjà) sur l’album.

Dans le même temps, Blur prend lui-même ses distances avec la Brit-Pop. Le quatuor avait déjà quitté la planète Parklife avec The Great Escape (CQFD). Il signe un 5e album éponyme, telle une renaissance, dont la musique assimile des influences américaines épurées. Un chant du cygne.

En 1997 toujours, Tony Blair le travailliste est nommé Premier Ministre. Tout va donc beaucoup mieux en Grande Bretagne. Dormez braves gens et tournez donc vos oreilles vers d’autres rives ! Radiohead enterre la Brit-Pop, ressuscite le rock progressif et devient le meilleur groupe du monde, sans jouer le jeu du rock-business. Les temps ont bien changé.

Comme c’est le cas depuis un moment avec les années 80′, ces années 90′ connaitront un jour la folie et l’excès du revival. C’est certain. L’histoire ne se répète pas. Elle bégaie.

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