Moby est-il une boule à zéro ou à facettes ?

Le chauve binoclard et new-yorkais n’a pas démérité. Avec Play et sa mise en scène blues-gospel, Moby réalisait enfin son rêve d’oecuménisme musical. Après tant d’années passées à triturer le hardcore, le bonhomme est tout simplement parvenu à s’ennuyer. Et nous avec.

Tout avait pourtant bien commencé. Moby nous offrait Play comme un cadeau aux formes souples, le terreau des meilleures innovations à venir. Sur ce succès planétaire voguait la tonalité groovy (Honey) de toute une génération de clubbers intelligents. De la soul (Why Does My Heart Feel So Bad ?) à la house music. Une redécouverte de l’Amérique, quoi !

Dix ans plus tard, Moby cède à la facilité et fait tout vaciller. Il n’est plus question de voyages aux sources du Mississippi, mais d’un trip dance dans les nuits new-yorkaises. Les accords (et désaccords) de piano étaient déjà très solennels sur les braquages précédents. Mais ici, sur Last Night, les voix échantillonnées, montées en boucle narcotiques (I Love To Move In Here) sont au bord du ravin auto-tune.

Cette année 2008, le son du rachitique se convertit au trip-hop puérile, comme un végétarien devient vautour. Les envolées nocturnes zigzaguent entre un down-tempo qui confond langueur et abattement, et une disco survitaminée. Sauf que le corps est déjà mort.

Les arrangements continuent de recycler en beauté (quand même un peu) toutes les palettes de la musique moderne, des synthés new-wave au bourdonnement mécanique de la techno. Puis, on voit poindre le soupçon mélancolique. Employé à mauvais escient, il court à présent sur tous les vinyles.

En 2009, s’en est fini des dérives d’arpèges et de cocaïne dégoulinanteWait For Me est un album gentil et introspectif. Erreur de casting ? David Lynch, réalisateur de Twin Peaks... Séduit par la philosophie et l’oeuvre du cinéaste, Moby renoue avec certaines expérimentations comme sur Stock Radio, espèce de variations sur pédales d’effets. Le ton est névrosé (Shot on the back of my Head, imagé par Mr. Lynch) ou invite à la rêverie (Wait for Me).

Dans cette lignée, Moby promettait début 2010 un album joué en acoustique. Destroyed sera en fait enregistré la nuit. Dans la solitude et la crudité des chambres d’hôtel. Sa bande-son pour métropole déserte tourne un peu à la déprime. Accompagnant l’album d’un livret de photos prises autour du monde, Moby prépare doucement sa reconversion. C’est finalement tout ce qu’on peut lui souhaiter.

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