Of Montreal : commedia dell’arte musicale

Un matin de mai 1974, un petit génie américain, taillé à vif dans un coin de forêt de Georgie, vit le jour, poussa un cri, puis un autre et encore un autre. Et depuis ce jour, Kevin Barnes est peut-être le plus fascinant des cauchemars de la pop music !

Voilà plus de dix ans qu’Of Montreal enchaîne les albums avec Kevin Barnes aux manettes. Leur indie-pop généreuse se pare d’atouts funky, minimalistes ou même R’n’B sans coup férir.

Of Montreal peut passer d’une ballade folk à des synthés bien lourdingues. Son leader peut le matin décider de stopper le morceau, pour mieux swinguer à mort le soir. Au final, le naturel transpire sur chaque partition. 

Alors, nostalgiques des Beatles et autres victimes du revival new-wave, n’en faites pas trop vite votre tasse de thé. N’en faites pas votre chasse gardée. Barnes se contrefout de tout.

Barnes prend un malin plaisir à venir saccager vos clichés pop avec un gros riff de guitare électrique, des percussions tribales ou des incantations vocales complètement flippantes. Il garde la tête sous l’eau et s’introduit dans tous les genres pour mieux les faire imploser. Au risque peut-être d’y laisser sa peau.

Son penchant pour l’écriture automatique maintient pendant longtemps le contraste entre chansons presque dansantes et tristesse des paroles. Satanic Panic in the Attic, en 2004, est le premier résultat du changement de cap. Le son passe à quelque chose de plus électronique. Of Montreal adopte alors une simili-attitude techno-glam-pop, avec toujours un peu de l’esprit d’incarnation d’antan.

Tout ce paysage saturé et bien chargé n’aurait qu’un but, assez banal finalement, celui de mêler le vécu et la fiction. C’était avant que Barnes signe l’album de la rupture…

En 2007, à mi-parcours de Hissing Fauna, Are You the Destroyer ?, le tsunami musical épique The Past Is A Grotesque Animal entame, assaille et dévore les derniers démons disséminés jusqu’alors dans le répertoire d’Of Montreal.

Ce qui rend l’affaire poignante, ce n’est pas tant le récit psyché et mélodique d’une dépression nerveuse que le sentiment évident d’un passage de relais entre réalité et fiction. Sur The Past Is A Grotesque Animal, Barnes chante à tue-tête et démontre qu’il n’est pas impossible de faire l’expérience de sa propre catharsis, de mener sa propre séance sans l’aide d’aucun psychologue. Barnes fait le deuil de ses tourments personnels, se marie et se retrouve enfin à l’aise derrière son avatar Georgie Fruit, son Ziggy Stardust à lui.

Une manière comme une autre de faire une croix sur son passé. La fiction, le merveilleux prennent le dessus et plus rien ne les empêchent désormais de tourner en bourrique le format traditionnel de la chanson.

Eternel adolescent, Barnes peut reprendre son activité normale et se glisser dans la peau des hommes. Séducteur prédateur ou puceau timide, l’aventure continue sur d’autres rives du fleuve Amour.

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