Gonjasufi : Hendrix électronique

Aussi ambivalent que le titre de son premier album, A Sufi and a Killer, Gonjasufi est autant envoûtant qu’énigmatique. Retour sur ce prof de yoga de la Cité du Vice.

Un « sorcier ». Un « gourou ». Un « chaman ». Sumach Valentine a reçu plusieurs appellations, mais il est avant tout Gonjasufi, un soufi qui aime la ganja.

  • Un soufi, c’est un mystique islamiste. Contrairement à l’Islam suivie à la lettre, stricto sensu, dans une application plus juridique, le soufi est d’avantage dans la contemplation et la recherche personnelle du Dieu Amour et de la sagesse. Pour cela, le soufi se laisse guider par ses sentiments, lui.
  • La ganja … ne faites pas les innocents. C’est pour l’artiste un autre moyen contemplatif et méditatif pour lui permettre de voir l’invisible, disons-le comme ça.

Gonjasufi c’est donc avant tout cela, un mystique qui aime la fumette. Mais pas que. L’homme était hier ancien pompiste d’aéroport et est aujourd’hui prof de yoga à Las Vegas (autre moyen d’accéder à la paix intérieure). C’est un amoureux de l’océan, qui vit dans le désert Californien.

IA Sufi And A Killer (2010)l débute dans le hip hop dans les années 90 au sein du crew de rap hardcore Masters Of The Universe puis se lance en solo sous un autre pseudonyme, et revisite de manière kaléidoscopique et hypnotisante de multiples genres musicaux. Pour vous dire, A Sufi and a Killer, son album de 2010, c’est du rap, du blues, du funk, du rock garage, de l’electronica, de l’abstract hip hop et intègre des éléments de world music comme des sonorités tantôt hindou, tantôt arabe, et tout ça, rassemblé sous des ambiances semblables à ses compatriotes de chez Warp Records, label sur lequel il est signé : Aphex Twin, Flying Lotus, Bibio, Boards Of Canada, Brian Eno … Autant vous dire que ça plane et que ça sample sec.

Ça pour planer, on plane. Imaginez que sous sa carrure de Chabal se cache le charisme et le psychédélisme de Jimi Hendrix et la voix de George Clinton : une voix enfumée et enrouée, gutturale, que Sumach découvre un peu par hasard après avoir donné trop de cours de yoga. Sans micro autour du crâne, il est obligé de faire venir sa voix du ventre, afin qu’elle porte mieux. Après trois séances d’affilées, sa voix est bousillée, et c’est pour lui le meilleur moment de passer derrière le micro.

Je vous voyais venir, les mauvaises langues, à dire que c’est son amour de la ganja qui lui abime les cordes vocales ! Il l’affirme : pour l’enregistrement de son premier album, il est sobre et sans substance et surtout très serein après ses séances de yoga. Ce n’est que pour le mixage, bien plus long et minutieux, qu’il laisse l’enfant sage de côté et s’arme de tous les bons outils pour atteindre le paradis, si artificiel soit-il.

Sans mixage, l’album aurait été certes moins abrasif et plus easy-listening, mais ce n’étaient pas les objectifs de l’artiste, qui voulait au contraire marquer son auditoire et sensibiliser des zones (auditives, spirituelles, voyez ça comme vous voulez) encore trop peu explorées. Des mots même de l’artiste, il souhaite « gratter la résine de toute cette merde qui est sortie récemment, toute cette connerie d’auto-tune, ces putain de mêmes sonorités, ces sonorités à la Kanye West ». Autant dire que le prof de yoga est énervé contre la musique actuelle, et il a peut-être bien raison. Ramener la spiritualité, la passion et ses tripes dans la musique, c’est peut-être ça la vraie voie de la sagesse, et ça profite à un large auditoire. Une séance mondiale de yoga, en somme.

MU.ZZ.LE (2012)La révolution musicale aura bien marché pour lui, puisque de nombreux blogs musicaux auront consacré sa transe cosmique album de l’année.

Et si vous regrettez d’avoir raté le premier départ pour le cosmos, le capitaine Gonjasufi est depuis revenu sur terre et s’apprête à un nouveau décollage le 23 janvier prochain avec MU.ZZ.LE. En attendant, faites du yoga !

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2 réflexions sur “Gonjasufi : Hendrix électronique

  1. […] s’envole, et avec lui, de nombreux autres nouvelles curiosités musicales. En 2010, il produit Gonjasufi, en 2011, Cosmogramma se voit décerner l’Independent Music Award dans la catégorie « Album […]

  2. […] Gardons le côté nostalgique de When I Was Young, mais enfonçons-nous d’avantage, et retrouvons le gourou psychédélectronique Gonjasufi qu’on vous avait présenté début décembre. […]

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