Punk français : Quelle cuisson ? Saignant !

De Métal Urbain à Starshooter en passant par The Olivensteins, la deuxième Révolution française fut celle d’un genre qui donna ses premières grosses canines au rock hexagonal. C’est celle du punk français !

Autant fasciné par les Stooges, Lou Reed que par le Roxy Music de Bryan Ferry ou David Bowie, le punk français est bien plus qu’un fils bâtard du punk anglais.

La punkitude y couvait depuis le début des années 70′, attisée par les écrits fiévreux de quelques critiques rock dont Patrick Eudeline, leader du groupe Asphalt Jungle.

Nul ne songe plus à monter un groupe car, pour faire de la musique, il faut d’abord apprendre la guitare pendant dix ans. Et ça, plus grand monde n’en a envie.

La faute à qui ? La faute à ces disques bizarres de Captain Beefheart ou aux deux premiers vinyles du groupe allemand Kraftwerk qui, depuis quelques temps, font le tour des cours de lycées de Paris et de province.

Une armée secrète se forme ainsi, fuyant le rock estampillé progressif. Cette espèce de franc-maçonnerie anti-pop balance entre l’envie d’en découdre avec l’image policée du boys band et celle de révolutionner le graphisme, la photo par nécessité car la plupart de ces groupes s’autoproduisent et doivent réaliser eux-mêmes leurs pochettes.

Primitif et provocateur, le punk français est un mouvement artistique méconnu dans une France qui s’endort. Des fanzines commencent à éclore comme New Wave ou Les héros du peuple sont immortels, des compilations aussi puis des concerts.

Ajoutées à l’influence de l’expressionnisme allemand, la rage et l’énergie font très vite sortir du bois les premiers groupes, un peu arty, un peu paumés, pour la plupart éphémères. Ils opèrent d’abord en toute discrétion, et s’expriment chez de rares disquaires qui sont alors de vraies plaques tournantes pour toutes les rencontres et les débauches. Loin des mégastores actuels.

En France, et même si Paris n’est pas Londres, les premières formations essaient de réveiller un rock bleu-blanc-rouge asphyxié sous une variété omniprésente. Pendant que Bijou rénove l’esprit pop-rock sixties, avec des morceaux de courage fun comme Betsy Party, qui n’est ni plus ni moins qu’une histoire d’amour, La Souris Déglinguée (comprenez LSD) fait descendre sur la capitale le souffle ska de Madness.

Même si Métal Urbain arrive à passer chez Yves Mourousi, présentateur historique et sympathique du 13Heures de TF1 pendant 13 ans, l’explosion tant attendue tarde à se manifester. Produite avec des moufles, la musique reste confinée dans l’underground.

Bien avant le règne de l’alternatif et une décennie avant le triomphe des gentils Nirvana, le punk français se fane et Téléphone sent déjà la bonne affaire. A la télévision seulement.

La gauche arrive au pouvoir en 1981. Les radios libres se multiplient et dans le ventre chaud des squats et des futurs ghettos de la grande couronne parisienne, sourdent les premières vibrations du hip-hop, nouvelle arme idéologique.

Aussi très engagés politiquement, les Béruriers Noirs opposent au « No Future » english le « Yes Future », un esprit festif et des déguisements de clowns tristes. Ils formulent ainsi une première (la seule ?) réponse cohérente de rock alternatif.

En plus d’un public punk qui s’y plonge bon gré mal gré, le groupe parvient à fédérer une belle partie de la jeunesse avec des slogans comme « La jeunesse emmerde le Front National » après la percée du FN aux élections de 1988.

Les Béruriers Noirs sont peut-être les meilleurs héritiers d’un punk français finalement bien populaire.

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Une réflexion sur “Punk français : Quelle cuisson ? Saignant !

  1. […] formes plus violentes, plus marginales dans un genre qui tournait en rond, on peut le rapprocher du punk ; dans sa quête d’un renouveau, il aura sans doute inspiré le mouvement nu-jazz ; en mettant […]

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