Arcade Fire : association d’utilité lyrique

Sous les vapeurs d’un post-rock élégant moins sombre et funèbre qu’on ne l’imagine, la formation rock indé Arcade Fire fait briller ses cristaux de roche depuis le début des années 2000.

Win Butler et Régine Chassagne, chefs de la troupe canadienne, ont pourtant longtemps tiré la tronche…

Avec l’argent gagné grâce à Funeral, Win et Régine ont même acheté une église. Ils l’ont aménagée en studio d’enregistrement, et c’est là qu’ont été conçus Neon Bible et The Suburbs.

Mais est-ce que ça en fait pour autant des croque-morts de la musique ? On pourrait le croire. Pendant la mise en boîte, ou mise en bière de Funeral, les morts s’accumulent autour d’eux, d’où le titre, mais ne font que renforcer un peu plus l’amitié qui soude le groupe. Une amitié qui, rarement observée, fait recette.

Emmené par quelques critiques pointus et conquis (comme Pitchfork sur le web ou Télérama en France), Arcade Fire sort son briquet en 2003 et enflamme très vite les marches du pouvoir. Il les grimpe même au pas de course de peur de brûler ses ailes.

A chaque fois qu’il prend l’envie à cette petite bande de courir d’arènes en festivals, de sortir son costume de grosse machine de live, le résultat se révèle haut de gamme.

Sur la scène comme en studio, ils alignent les éléments classiques et la fureur du rock polyphonique et nuancé : leurs inspirations baroques sont dignes d’un David Bowie ou d’un Bryan Ferry. La voix de Win Butler porte d’ailleurs, si vous prêtez l’oreille, bon nombre de leurs éclats.

En 2010, Arcade Fire est comme parvenu à se tirer les pattes des lumières et du vernis colle des grandes villes, pour retrouver l’ombre et le calme des banlieues nord-américaines. Cette année-là, ils sortent l’album The Suburbs.

Question d’inspiration ou de frontière, ce 3e album varié n’est pas le meilleur. Son ambition fait la girouette, manque d’intention et nous faire perdre l’attention. Les mélodies épiques, la complexité, le sentiment d’urgence apocalyptique, le psychédélisme fervent, les pas de côté, les contre-pieds, l’héroïsme des embardées vocales à l’unisson des cordes… Tout cela s’est un peu, voire beaucoup affadi.

Ce qui sauve la recette c’est bel et bien la forme morale, la météo au beau fixe qui règne sur cet album. Fini le temps où le groupe encaissait les coups du mauvais sort. Sa capacité folle à tordre une mélodie sur toute sa longueur, à lui insuffler une tension crescendo et enivrante a bien vécu.

Il faut, je crois, aujourd’hui tourner la page et compter avec un groupe qui, arrivé au sommet, ne voudrait quitter son trône pour rien au monde. Le carburant qui nourrissait leur joie et leur puissance n’est pas épuisé, il a seulement pris du poids et de l’or.

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