Shoegaze, plus qu’un bruit sourd

La fin des années 70’s est la première période de récession depuis belle lurette. Ce « nouvel ordre » des choses touche en particulier les cités post-industrielles du Nord de l’Angleterre. Chômage, délabrement urbain et crise existentielle poussent en herbes folles sur les murs d’usines dépeuplées.

Premier ministre dès 1979, Margaret Thatcher fait plus la pluie que le beau temps sur Manchester, Sheffield, Liverpool ou encore Dublin.

Joy Division ou Cabaret Voltaire sont nés de cette dernière averse. Autant dire une pluie acide.

La jeunesse musicale navigue dès lors entre morosité et désinvolture.

Les uns débranchent tout ce qui a des cordes et un manche, achètent des synthétiseurs à crédit, acceptent leur inconstance et créent l’electro pop des années 80’s.

Les autres gardent au contraire la guitare en main tout au long des eighties pour déboucher sur une éclipse musicale

Fin 80’s début 90’s, Slowdive, My Bloody Valentine ou Chapterhouse plongent guitares et mélodies pop dans des océans de réverbérations planantes.

Mi-bruitistes, mi-nébuleux, ces groupes désenchantés ne prennent plus la peine de chercher une voie.

Leurs complaintes se fracassent contre un mur de guitares « fuzz » (première pédale à effet de saturation).

La presse anglaise ironise sur ces « tordus de la gratte » qu’elle baptise “shoegazers”. Littéralement, “contemplateurs de chaussures”.

Première règle du shoegaze : jouer fort, très fort, avec un chant presque inaudible.

Deuxième règle du shoegaze : jouer fort, très fort, avec un jeu de scène neurasthénique.

Leur influence, notamment sur la sphère électronique, est encore aujourd’hui une vraie surprise.

Leurs inspirateurs (The Jesus & Mary Chain, Cocteau Twins, Ultra Vivid Scene, Dinosaur Jr.) faisaient de la noisy pop.

Leurs descendants s’appellent aujourd’hui Boards of Canada, ou encore M83.

Le shoegaze, c’est une légende qui se construit.

Aussi, en 2009, le groupe The Horrors sort Primary Colours. Couleurs primaires. Ce titre fait la passerelle entre le prisme musical du shoegaze des premiers temps et le morceau Couleurs, de M83.

Ce disque ultra-référencé ressuscite Ian Curtis, leader de Joy Division, les saturations récurrentes de la scène shoegaze aussi bien que les ambiances plombées du trip-hop de Bristol et les atmosphères feutrées et étouffantes de toute la scène psyché actuelle.

Le shoegaze ne se résume plus à du martèlement rythmique, ni à de la musique remuante. Son astre a comme qui dirait trouvé son orbite.

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Une réflexion sur “Shoegaze, plus qu’un bruit sourd

  1. […] shoe-gaze empruntera au genre ses textures sonores, ses expérimentations et ses idées de voyage musical et […]

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