Alcest, au-delà des mots

Sous le nom misanthropique d’Alcest (mais rien à voir avec Molière), se cache un autre pseudonyme, plus doux et plus poétique, celui de Neige. Embarquez pour un voyage musical, loin de toute bourrasque endiablée, mais plutôt bercés par une douce tombée.

Neige, c’est un jeune artiste multi-instrumentaliste français d’aujourd’hui 25 ans, prodige de la scène black metal underground. Hop hop hop, restez ! J’en vois déjà qui tournent les talons. Nous ne ferons pas l’apologie de Satan sur ces pages, nous n’égorgerons pas de poulets, et vos oreilles seront sauves : Alcest est né du black metal, pour mieux s’en détourner.

Car oui, Neige officie habituellement dans le milieu du black metal français, auprès de groupes aux noms aussi charmants que Mortifera ou Peste Noire, et la première démo d’Alcest, Tristesse Hivernale, est résolument black : le chant/cri est inaudible, le son crasseux, la batterie nous assène de blast beats. On aime ou n’aime pas. Celle-ci voit le jour en 2001, Neige n’a alors que 17 ans, et est accompagné de deux amis, Aegnor (créateur de Peste Noire, projet pour lequel il troqua son pseudonyme pour un doux surnom : La Sale Famine de Valfunde ; ou simplement ‘Famine’, pour les intimes) et Argoth, mais ceux-ci quittent le navire alors que Neige souhaite changer le cap d’Alcest ; plus introverti, plus mélodique, plus personnel aussi.

Il faut attendre 2005 pour avoir le premier EP du « groupe » (dont Neige en est le membre unique, compositeur et interprète de tous les morceaux), Le Secret, et commencer à saisir les sonorités nouvelles : Là où un black métal aurait opté pour le bruit d’une averse diluvienne, l’EP s’ouvre sur le bruit blanc de l’eau et le chant gai des oiseaux. La guitare sèche fait son entrée, une seconde de silence, on craint le calme avant la tempête … puis la batterie nous accueille sur un beat down tempo chaleureux. Ce n’est décidément plus l’Alcest des débuts que nous avons dans les oreilles … Puis la batterie s’excite, les guitares s’accélèrent et se font gratter à tout va, mais nous ne sommes pas dans le black, le chant est clair. Où sommes-nous alors ? Le pied posé quelque part entre le metal et le shoegaze. C’est la première étape.

Car finalement, le shoegaze n’est pas si loin. Dans le black comme dans le shoegaze, les guitares nous assènent bien souvent d’un mur de son opaque, qu’il soit plutôt clair (shoegaze) ou plutôt sombre (black) ; on joue sur les effets, via sa pédale (shoegaze) ou directement via le gain de l’ampli (black) ; les paroles sont moins audibles, car moins importantes : c’est la voix qui prime, et joue le rôle d’instrument.

Avec son premier album, Souvenirs d’un Autre Monde, sorti en 2007, Alcest démontre parfaitement où il en est arrivé : du black il ne garde que la technique de jeu du tremolo picking (on gratte les cordes à toute vitesse avec son médiator, créant par là ce fameux « mur de son »), et ce grain légèrement low-budget, crasseux chez les black metalleux, fragile et sincère chez Alcest ; du shoegaze, il en prend les constructions progressives, les accords plus aigus que ceux utilisés en metal, les distorsions. Il y ajoute son imagerie, ses mélodies à la guitare sèche, sa voix lointaine et doucereuse.

 

 

Alors que le black metal évoquera aux visionnaires des cimes enneigés, des ciels gris ou noirs, des châteaux en ruine, Alcest a la couleur bleue du ciel dégagé, le bleu de la mer rayonnante, la chaleur d’un printemps, la fraicheur d’une légère brise. Alcest est une musique contemplative, une invitation au voyage. On contemple ces petits coins de paradis terrestre où l’on se dit que la vie est belle, où l’on se sent bien, où une vague nostalgie nous envahie, cependant, sans trop savoir pourquoi. Cette nostalgie, pour Neige, c’est celle du « Pays des fées », le monde qu’il apercevait en visions et en rêves durant son enfance. Un lieu, nous dit-il, de repos, d’ataraxie, au-delà de toute beauté terrestre, baigné dans une constante lumière. Un lieu à part, qui n’existe pas sur Terre. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme, et volupté » (pour citer ce bon Baudelaire, inspirateur majeur de Neige et qui aurait été, je m’en persuade, grand amateur de black metal). L’accès à cet « autre monde » fut perdu à la fin de l’enfance, et Alcest en est une passerelle, une jonction. C’est une quête de la beauté perdue, de l’innocence disparue, de l’absence de soucis. Une prise de notes (de musique) de ces visions idylliques.

 


Les morceaux servent donc de transe, cherchent à nous faire décoller un peu de notre carcan terrestre et nous proposent un état second, fugace certes, mais si bon. Alcest n’est pas là pour nous filer le Spleen, c’est une Invitation au Voyage.

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